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jean-luc-melenchon
Samedi
je participais à la manifestation contre la guerre d’Afghanistan
avec Marc Dolez député socialiste du nord. Mes amis de PRS ont formé
une petite délégation groupée autour de leurs drapeaux. Au moment où
je les rejoins, il fait beau et chaud si bien que la manifestation
est aussi un moment où l’on peut lever le nez pour jauger les
façades du Paris populaire. J’en ai besoin. L’ambiance stressante de
la préparation du congrès socialiste m’a asphyxié. Chemin faisant,
vers Barbés, je bavarde avec les représentants du Mouvement pour la
paix. On convient de se revoir pour approfondir la conversation tout
en prenant rendez vous pour les conférences de presse qui vont
précéder le débat et le vote à l’assemblée et au Sénat cette
semaine. L’actualité sera sur ce sujet. Les figures de la paix et de
la guerre reviennent dans le débat public. Elles ne vont pas en
sortir de si tôt. Dans ce registre plus que dans tout autre,
l’examen soigneux des arguments, leur comparaison et leur
vérification est un devoir de précaution constant pour qui veut agir
en connaissance de cause. Car très traditionnellement, la guerre
nécessite une consommation considérable de mensonges et de zone de
silence pour son entretien. Leur mise à nu fourni souvent un
éclairage précieux vers la vérité. De cette violence crue du
mensonge asséné avec l’aplomb tranquille de l’évidence, nul meilleur
exemple que la volte face du président de la République sans autre
argumentation que la force de l’affirmation. Le 26 avril 2007, entre
les deux tours de la présidentielle, sur France 2, il déclare : «
La présence à long terme des troupes françaises à cet endroit du
monde ne me semble pas décisive. Si je suis élu, les troupes
françaises quitteront l’Afghanistan
». Puis en novembre 2007, au cours de sa visite à Washington, il
affirme: «
la
France restera engagée en Afghanistan aussi longtemps qu’il le
faudra, car ce qui est en cause dans ce pays, c’est l’avenir de nos
valeurs et celui de l’Alliance Atlantique
». Du
retrait au renfort, la France a pris un virage sur l’aile sans autre
explication que la décision de son chef des armées. Tout est donc
bien possible dès qu’il s’agit de propagande. Ma conviction contre
cette guerre est connue. je n’y reviens pas ici. Je veux seulement
poser les questions qui peuvent éclairer le moment, si elles
trouvaient réponse.
D’un
bobard à l’autre
Les
Etats-Unis et la France sont allés «
en
Afghanistan pour défendre la liberté du monde
» ? C’est ce que proclame Nicolas Sarkozy,le 20 août à Kaboul et le
21 août en Conseil des ministres. Personne n’a pourtant jamais
démontré de lien positif entre les actes de guerre de la coalition
en Afghanistan et la « liberté du monde ». Sans excès de mauvais
esprit, on pourrait même aisément démontrer l’inverse, à savoir que
c’est l’intensification des actes de guerre de la coalition qui
nourrit le terrorisme et fait reculer la liberté. Sarkozy n’en est
pas à sa première affirmation péremptoire. Dès son discours devant
la conférence des ambassadeurs le 27 août 2007, il avait affirmé que
pour «
prévenir
une confrontation entre l’Islam et l’Occident
», «
notre devoir est d’accentuer nos efforts en
Afghanistan
». On ne voyait pourtant pas non plus très bien le lien logique
entre les deux, ni d’ailleurs quelle pouvait bien être la réalité
d’une confrontation globale entre des entités aussi floues que l’ «
Islam
» et l’ «
Occident
». Le ronflement des phrases creuses de cet acabit n’a jamais cessé
pour justifier une présence militaire française dont en réalité plus
personne n’énonce clairement les objectifs. Du coup l’emphase éclate
comme une bulle de savon a la première question même la plus banale.
Ainsi quand le président de la Commission de la défense de
l’Assemblée nationale proclame que «
la
présence militaire française en Afghanistan est l’opération
extérieure la plus décisive pour la sécurité de la France
» (le 26 août à l’assemblée nationale). Faudrait-il donc en conclure
que si la France ne combattait pas en Afghanistan, sa sécurité
aurait gravement été compromise ? Par qui ? Comment ? Pourquoi ? Un
argument massue de Bernard Kouchner tente de balayer la question : «le
terrorisme qui frappe aujourd’hui à Kaboul pourrait frapper demain
plus prés de chez nous
». C’est le même argumentaire qui avait été utilisé par les
Américains pour justifier leur invasion de l’Afghanistan en 2001 au
nom de la légitime défense suite aux attentats du 11 septembre.Nous
sommes en danger? Pourquoi?
UN
PASSE OBSCUR
Une
bonne preuve de l’effet d’opportunité qui a été à l’origine de
l’invasion militaire de l’Afghanistan est qu’elle a été préparée par
les Américains et les Britanniques plusieurs mois avant le 11
septembre. Dès l’été 2001, les Américains avaient commencé à envoyer
des commandos en Afghanistan et avaient pré positionné d’importantes
forces en Egypte tout en déployant avec les Britanniques leurs
flottes en mer d’Oman pour préparer l’invasion du pays. Les vrais
motifs de l’invasion étaient donc ailleurs que dans la réplique à
Oussama Ben Laden, qui n’avait d’ailleurs d’autres lien avec
l’Afghanistan que de s’y être réfugié dans les montagnes. Mais qui
se souvient que le régime taliban qui gouvernait à l’époque à Kaboul
avait déclaré accepter au lendemain du 11 septembre de livrer Ben
Laden pour qu’il soit jugé. Peu importait alors aux Américains.
Colin Powell affirme alors au monde entier que les Etats-Unis
détiennent des preuves de l’implication afghane dans les attentats
du 11 septembre et qu’elles seront fournies au Conseil de sécurité.
Personne ne les a pourtant jamais vues. Personne ne les réclame
depuis. Ce tableau est donc couvert d’une ombre inquiétante depuis
l’origine. En effet, les Américains sont très actifs en Afghanistan
et au Pakistan depuis la fin des années 1970. Ils se sont fortement
appuyés sur les islamistes pour contrer l’influence soviétique dans
la région. C’est eux qui ont constitué « Al-Qaïda » à l’époque pour
combattre les russes. A ce titre, ils avaient directement armé les
Talibans. La prise de pouvoir de ceux-ci à Kaboul en 1996 avait été
soutenue par deux alliés de poids des Etats-Unis : l’Arabie Saoudite
et le Pakistan. Tout ce passé semble s’être évanoui des souvenirs
officiels et des « argumentations » du présent. Pourquoi ?
LE PETROLE BIEN SUR
Dans
cette région du monde, la succession des événements montrent que
souvent les motifs d’action sentent très fortement le pétrole.
Depuis la chute de l’URSS en 1991, les Etats-Unis font tout pour
contrer l’influence russe et iranienne en Asie centrale. En
particulier pour désenclaver sous leur contrôle les importantes
réserves de pétrole et de gaz du Kazakhstan, de l’Ouzbékistan et du
Turkménistan. Les Etats-Unis conçoivent alors un projet de pipe line
géant allant de la mer Caspienne jusqu’à la mer d’Oman via
l’Afghanistan et le Pakistan. Pour cela ils négocient via la
compagnie pétrolière californienne Unocal avec tous les pouvoirs
locaux en place. A partir de janvier 2001, le vice-président Dick
Cheney suit personnellement le déroulement de ces tractations qui
butent sur le refus du régime taliban. On notera que le régime
taliban à peine renversé, le 27 décembre 2001, le Turkménistan,
l’Afghanistan et le Pakistan signaient un accord relançant le projet
de pipeline. Bush a aussitôt comme émissaire spécial à Kaboul un
ancien collaborateur du groupe Unocal, le diplomate Zalmay Khalizay
et le président Hamid Karzaï a lui aussi été consultant du groupe
pétrolier, tout comme le futur ministre afghan des Mines et de
l’Industrie Mir Sediq. Cette caricature à peine croyable de main
mise est une toile de fond avérée. Mais elle est toujours absente du
débat sur les objectifs de guerre en Afghanistan et le bilan de la
présence "occidentale". Pourquoi ?
UN
BILAN ?
Officiellement, la coalition internationale (37 pays aujourd’hui)
qui est intervenue derrière les Etats-Unis, d’abord sous mandat de
l’ONU en 2001, puis par délégation à l’OTAN depuis 2003, ne mène pas
de guerre. Elle est censée assurer la «
stabilisation
» et la «
pacification
» du pays. Avec pour la France, une prédilection théorique pour la
formation de l’armée afghane et la reconstruction. Une rhétorique
qui continue d’être servie par Bernard Kouchner. «
Ca n’est
pas une guerre, c’est une mission de paix
» tonne-t-il lors de son audition à l’assemblée nationale le 26 août
2008. Pourtant la réalité militaire en Afghanistan n’a plus rien à
voir avec les objectifs de départ au nom desquels des troupes
françaises ont été engagées en 2001. Le chef d’état major des
armées lui-même a reconnu le 25 août que «
la
France conduit des actions de guerre en Afghanistan
» Tout cela dans un immense gâchis technologique : les avions Mirage
et Rafale stationnés à Kandahar tirent par exemple chaque mois une
vingtaine de bombes à guidage laser dont le prix unitaire se situe
autour de
130 000
euros,
sur des cibles aussi dérisoires qu’une grotte ou une charrette
supposées abrités quelques talibans. La dégradation rapide du bilan
de la présence militaire de la coalition fournit une autre preuve du
gouffre qui se creuse entre les objectifs affichés et la réalité.
Alors que le nombre de soldats occidentaux a cru de 40 000 à plus de
60 000 le nombre de soldats tués a explosé passant de 58 en 2004 à
230 en 2007. La situation militaire ne cesse de se dégrader avec la
recrudescence des attaques suicides à raison de 3 à 4 par semaine
alors qu’elles étaient quasi inexistantes en 2004. Les affrontements
qui ont coûté la vie à 10 soldats français le 18 août sont très
révélateurs de cette dégradation : ils ont démontré une puissance
tactique et opérationnelle inédite de ce que les généraux français
appellent désormais les « forces insurgées » plutôt que les «
Talibans ». Ces forces ont en effet soutenu les combats pendant
plusieurs heures contre les soldats français, y compris une fois des
renforts parvenus sur place. Le lieu est aussi révélateur : à moins
de 50 kilomètres de Kaboul, c’est-à-dire dans une zone qui n’est pas
du tout réputée comme "talibane". Tout cela indique que l’opposition
armée à la coalition est manifestement en train de s’élargir dans
une dynamique nationaliste que nourrit l’occupation. Est-ce étonnant
? Car afin de minimiser ces pertes au sol, la coalition intensifie
les frappes aériennes dites « chirurgicales » et les vols incessants
d’intimidation au dessus des villages afghans dont la population est
plongée dans la terreur. La polémique enfle aussi sur les armes «
sales » qu’utiliseraient les américains: munitions à uranium
appauvri pour percer d’éventuels bunkers ou parois montagneuses et
bombes incendiaires au phosphore qui transforment en fournaise les
zones où elles sont lâchées. Ces exactions déclenchent des rejets de
masse dans la population que les Occidentaux sont censés aider. Il
est frappant de voir que le vocabulaire pour nommer l’ennemi suit
cette évolution. D’abord il s’agissait de terroristes, à présent il
s’agit tantôt de «
rebelles
» et d’autre fois «
d’insurgés
»…. Cela n’a pas empêché le ministre français de la défense de
continuer à affirmer aux députés : «
Allez
dans les vallées afghanes, où vous verrez les populations qui sont
heureuses que les troupes occidentales soient là
» A coup sûr pas les familles des 8 000 afghans tués en 2007. Ni
celles des civils tués par erreur par une frappe américaine le 22
août : un dommage collatéral que les portes parole de la coalition
ont chiffré à «
5 civils tués
» là où le représentant de l’ONU en a dénombré 90. Ce bilan des
actions de la coalition et de la situation militaire nous ne pouvons
l’établir qu’en recoupant les informations disponibles dans la
presse spécialisée et sur les sites internet qui s’intéressent à la
situation. Aucun gouvernement n’en produit devant ses assemblées.
Pourquoi ?
LA
LOI ISLAMIQUE EST TOUJOURS LA
Dans le
registre des arguments de propagande, on trouve celui selon lequel «
sous le régime des Talibans les droits de l’homme étaient bafoués
» (Hervé Morin le 26 août 2008 à l’assemblée nationale). On pourrait
lui objecter que c’est le cas de beaucoup de régimes, y compris
auxquels la France vend des armes comme l’Arabie saoudite. Mais la
situation depuis la chute des Talibans s’est elle améliorée ? Plus
de la moitié de la population vit dans l’extrême pauvreté : 53 % des
habitants ont moins de 1 dollar par jour. L’Afghanistan est classé
depuis 2004 à la 174ème place mondiale sur 178 pays pour l’indice de
développement humain. Une situation a rapprocher des sommes
englouties par la guerre sur place…La coalition consomme 100
millions de dollars de dépenses militaires par jour et 10 fois moins
pour les dépenses civiles de reconstruction. La condition des femmes
? Elle est officiellement meilleure en vertu d’une constitution qui
garantit théoriquement l’égalité hommes-femmes. Pour autant, les
femmes ne sont considérées par la même constitution que comme une
minorité politique, au même titre que des groupes ethniques ou
tribaux, auxquels sont réservés des quotas (25 % de femmes à
l’assemblée nationale et 16 % au sénat). La même constitution écrite
sous l’égide américaine confirme le pays comme république islamique,
dans laquelle la base fondamentale du droit reste la charia. A tel
point que la cour suprême est chargée de contrôler la conformité des
lois à la loi musulmane. Ou encore que l’abandon de la religion
musulmane ou la conversion à une autre religion sont toujours punis
de la peine de mort. Autant de points qui avaient été salués par
l’Iran au moment de l’adoption de cette constitution par la Loya
Djirga, assemblée coutumière. Car telle avait été la « Constituante
» afghane ! Cette domination du religieux sur les institutions,
confortée et défendue les armes à la main par nos soldats en même
temps que le régime qui les assume n’est jamais évoqué ni discuté
d’aucune façon. Pourquoi ?
Le
retour de l’Opium
Depuis
2001, à intervalles réguliers, des conférences internationales pour
l’Afghanistan permettent aux occidentaux d’afficher de gigantesques
promesses de dons pour la reconstruction. Mais sur les 25 milliards
de dollars de promesses cumulées, 10 milliards n’ont jamais été
versés, les Etats-Unis détenant le record de promesse non tenue
(seule 45 % de l’aide américaine promise a été versée). Et encore,
quand l’aide est versée, 40 % est engloutie dans sa gestion et
revient donc aux pays donateurs, sous la forme de contrats de
sécurité ou de services. Le déséquilibre entre l’effort militaire et
l’aide civile est donc béant : depuis 2001 140 milliards de dollars
ont déjà été dépensés sur le plan militaire et seulement 7 milliards
versés pour l’aide civile ! Cela décrédibilise largement la présence
« occidentale » aux yeux de la population. Ce n’est pas tout. 7 ans
d’occupation ont progressivement polarisé l’économie afghane autour
des besoins des occidentaux présents qui concentrent l’essentiel des
investissements, au détriment du développement économique du pays.
Celui-ci ne produit plus rien d’autre que de l’opium. Alors que la
production de pavot avait commencé à décliner à l’époque des
Talibans, l’Afghanistan est redevenu depuis 2004 le premier
producteur mondial d’opium avec 95 % de la production mondiale
représentant plus de la moitié du PIB du pays. Un record historique
a été atteint en 2006 avec la plus grande production d’opium jamais
réalisée, encore dépassée en 2007 où l’ONU parle de «
nouveau record effrayant
» avec une hausse de production de 34 %. Il faut dire que les
Américains ont directement utilisés les chefs de guerre, barons de
la drogue, pour reprendre les territoires contre les talibans. Ce
sont ainsi dans les zones «
sécurisées
» par les occidentaux et les forces afghanes que la culture de
drogue a explosé. Dans son rapport officiel d’étape à
l’administration Bush, l’émissaire spécial américain James Dobbins
affirmait ainsi en 2005 : «
Les
drogues sont la principale source d’argent pour financer la
reconstruction, dépassant largement les aides internationales
cumulées
». Alors même qu’il s’agit du principal motif d’ingérence des USA en
Amérique latine, le bilan de la reprise incroyable de la culture du
pavot sous les yeux des troupes américaines et de l’absence totale
d’action pour l’en empêcher n’est jamais évoqué. Pourquoi ?
La
vassalisation des coalisés
L’Europe
fournit, à travers ses 25 états membres sur 27 qui sont engagés dans
la coalition américaine, plus de la moitié des soldats étrangers
présents en Afghanistan. Elle représente 30 % de l’aide publique
mondiale versée à l’Afghanistan qui se retrouve 4ème bénéficiaire
mondial de l’aide extérieure européenne derrière Turquie, l’ex
Yougoslavie et le Maroc. Pourtant l’Europe n’a pris aucune
initiative pour changer le cap de la présence occidentale en
Afghanistan, alors même que les Etats-Unis sont entièrement
dépendants des soldats européens dont le retrait rendrait le
maintien américain intenable. Alors que les Talibans avaient
quasiment disparu du territoire en 2004, c’est donc la décision
américaine de maintenir durablement l’occupation militaire du pays
en y installant d’immenses bases qui leur a donné progressivement
l’occasion de reprendre pied dans la population à partir de 2005.
Les alliés des Etats-Unis l’ont bien vu. Et la coalition elle-même a
commencé à battre de l’aile fin 2007 : les Canadiens ont menacé de
quitter le sud afghan, l’Italie et l’Allemagne ne maintiennent leur
présence que provisoirement et au prix de débats nationaux houleux
et enfin la Corée du sud se retire carrément. De la sorte on peut
dire que ceux qui font du zèle aujourd’hui sont ceux qui acceptent
une véritable vassalisation a l’égard des Etats-Unis d’Amérique dans
la conduite de la guerre. Ils paient, combattent et se taisent
devant les décisions de leurs chefs. La demande américaine de
renforts français était donc vitale pour la coalition elle-même. La
réponse positive de Sarkozy a ainsi été saluée par Bush comme une «
initiative majeure
» et par le très conservateur premier ministre canadien Harper comme
«
un virage, une rupture historiques
». Tout dans la décision française a d’ailleurs été fait pour
envoyer un signal très fort d’alignement atlantiste. Dans la forme
avec une première annonce par Sarkozy devant le parlement
britannique. Et sur le fond puisque le nouveau bataillon français de
800 homme va soulager les Américains dans l’est afghan, qui pourront
se redéployer sur le sud. Avec ce renfort, la France passe de la
place de 7ème contributeur à la 4ème , quasi ex-aequo avec
l’Allemagne en 3ème position. La décision de Sarkozy conforte aussi
au passage la légitimité de l’extension des missions de l’OTAN
voulue par les Etats-Unis au-delà de sa vocation purement défensive,
comme son intervention hors de la zone européenne. Avec désormais
plus de 3 000 soldats français mobilisés sur place ou dans les pays
voisins, l’Afghanistan devient la plus importante intervention
française à l’étranger, devant les contingents présents au Liban, en
Côte d’Ivoire ou en Ex-Yougoslavie. Le tout pour une dépense
supplémentaire d’environ 150 millions d’euros par an, alors que
l’enlisement du conflit afghan a déjà contribué à l’envolée des
surcoûts budgétaires liés aux opérations extérieures, qui sont
passés de 100 millions d’euros en 2005 à 360 millions d’euros en
2007, avec un surcoût 2008 qui devrait dépasser les 400 millions. .
Et dans ce contexte, de tout côtés va l’antienne : «
cette
guerre est perdue, cette guerre ne peut pas être gagnée
». A tout le moins, en réponse, devrait-il être expliquée comment
elle pourrait être gagnée, en effet. Cela n’est jamais dit. Pourquoi
?
Une
impasse reconnue
Les
perspectives actuelles de fin du conflit sont si incertaines que le
chef d’état major des armées le général Georgelin le qualifiait
encore à la mi-mars de «
merdier
ingérable où nous n’avons aucun intérêt à nous impliquer davantage
» (cité par le canard enchaîné). Tous les états-majors ont en effet
à l’esprit le précédent de l’occupation soviétique de l’Afghanistan
qui s’était soldée par un désastre et plus de 10 000 russes tués en
dépit d’une présence de 130 000 hommes pendant 10 ans. Interrogé le
26 août à l’assemblée nationale sur les échéances de l’engagement
des forces françaises, Kouchner a carrément avoué : « pour combien
de temps ? Personne ne le sait » Pour rassurer l’opinion, le
gouvernement insiste aussi sur «
l’afghanisation
du conflit
» qui serait à portée de main. Ainsi, d’après Kouchner, «
l’armée afghane c’est l’avenir
» ! La réalité est très éloignée. Un évènement récent a fourni la
preuve de la déliquescence de l’ « armée nationale afghane » : en
mars 2008, le gouvernement afghan a dû lancer un mandat d’arrêt
contre le chef d’état major de l’armée afghane, le général Dostom,
après que celui-ci a commis diverses exactions. Loin de se soumettre
au gouvernement, celui-ci s’est enfui et a rejoint son armée privée,
qui était d’ailleurs une des composantes de la fameuse « armée
nationale afghane ». Ancien seigneur de la guerre, ce général avait
d’ailleurs été imposé par les Américains en 2003 comme vice ministre
de la défense puis comme chef d’état major afghan en 2005 ! Le bilan
de l’afganisation de la guerre n’est donc jamais fait. Mais on
comprend cette fois ci clairement pourquoi. Cette guerre ne se fait
pas « avec » les afghans mais contre eux.
Comment sortir d’Afghanistan...
samedi 20 septembre 2008, par Alain Gresh
http://blog.mondediplo.net/2008-09-20-Comment-sortir-d-Afghanistan
La
critique la plus commune à toute proposition de sortie
d’Afghanistan, comme celle formulée sur ce blog, est :
on ne peut laisser le pays sombrer dans la guerre
civile.
Comme pour l’Irak, on pourrait répondre que le pays est déjà en
guerre civile. Mais on ne peut en rester là. Il est clair qu’un
retrait précipité des troupes étrangères d’Afghanistan, sans
négociations, risquerait d’accroître le chaos.
Alors,
que peut faire la France ? Elle pourrait faire des propositions, y
compris aux Etats-Unis. Si celles-ci étaient refusées, elle serait
alors libre de se désengager militairement.
L’idée
que l’on devrait se consacrer d’abord à la reconstruction, à l’aide
économique, n’est malheureusement plus d’actualité. Le niveau des
combats et l’insécurité qui règnent dans le pays rendent toute
entreprise de reconstruction sans solution politique illusoire.
La
mission internationale en Afghanistan est légitimée par une
résolution du Conseil des Nations unies. Il faudrait d’abord
redonner à cette institution le dernier mot sur ce qui se passe dans
ce pays.
Le
Conseil de sécurité pourrait annoncer que, d’ici à un an, les
troupes étrangères devraient avoir quitté l’Afghanistan.
Durant
cette période intérimaire :
- L’ONU
convoquerait une réunion régionale des pays intéressés par une
solution pacifique du problème afghan. La Russie, la Turquie,
l’Iran, qui sont particulièrement concernés par l’avenir du pays,
pourraient être associés ; un rôle pourrait être joué par
l’Organisation de la conférence islamique (OCI). Des pressions
politiques internationales seraient exercées sur le Pakistan pour
qu’il mette un terme à l’instabilité à sa frontière et pour que
soient mis au pas les renseignements militaires qui fournissent une
aide à Al-Qaida et aux talibans. Comme le demande une majorité des
Pakistanais, des négociations pourraient être menées avec les
talibans pakistanais pour que, dans le cadre d’un calendrier de
retrait des troupes étrangères d’Afghanistan, ils mettent un terme à
leurs actions à travers la frontière et mettent fin à la présence
des combattants non pakistanais ;
- L’ONU
convoquerait une conférence de toutes les forces afghanes pour
négocier la fin du conflit dans la perspective d’un retrait des
troupes étrangères. Cette négociation inclurait les différents chefs
de guerre, les talibans, les diverses minorités ethniques et surtout
les tribus qui jouent un rôle central, dans le cadre d’une Loya
Jirga (grande assemblée). Elle viserait à former un gouvernement
d’union nationale. Un certain nombre de principes seraient définis
qui permettraient d’atteindre des objectifs importants : tenue
d’élections ; droits des femmes, notamment à l’éducation ; lutte
contre la corruption ; éradication de la culture de la drogue. La
communauté internationale pourrait s’engager, dans ce cadre, à
fournir une aide massive et les diverses factions assureraient la
possibilité de travail des ONG (y compris des ONG musulmanes) pour
pallier les insuffisances d’un Etat qui restera défaillant pendant
encore quelques années.
On peut
noter que la position des ONG françaises présentes sur le terrain ne
semble pas très éloignée de ces propositions. Dans un article sur le
site du Monde (20 septembre), « Les ONG françaises tirent la
sonnette d’alarme » (Jacques Follorou), on peut lire :
«
Les ONG françaises admettent que de nombreux projets
ont vu le jour en Afghanistan en matière de reconstruction et d’aide
d’urgence. Mais le constat globalement négatif a généré, selon
Pierre Lafrance, président de Madera, “un ressentiment” au sein de
la population à l’égard d’une communauté internationale “qui n’a pas
répondu aux attentes formulées en 2001 et 2002”.
»
«
Si le pessimisme semble régner dans les rangs des ONG
françaises en Afghanistan, il existerait des raisons d’espérer, dès
lors que l’on cessera “d’ajouter la guerre à la guerre”. L’envoi de
renforts de troupes françaises ou américaines désespère les
humanitaires, qui "réclament une solution politique et sociale pour
sortir le pays de la guerre".
»
Afghanistan : Avant que d’autres cercueils ne nous reviennent...
PCF - 22 septembre
http://www.pcf.fr/spip.php?article3088
Certaines fautes restent dans l’histoire. Quant à leurs auteurs, ils
hantent pour la nuit des temps tels des spectres le grand livre des
semeurs de mort. Puisqu’il est coupable, Sarkozy sera peut-être de
ceux là. Et coupable et fier de l’être en plus, jusqu’au mépris de
la parole donnée devant les électeurs qui ne savaient pas, il y a un
ans et demi, qu’ils allaient, aussi, élire un va-t-en guerre
atlantiste.
Seulement voilà, l’hôte de l’Élysée la voulait, « sa » guerre. Non
seulement pour singer le croisé Bush et se donner ainsi l’illusion
de la puissance retrouvée via le retour à l’Otan mais bien, et c’est
plus grave, pour réorienter radicalement la politique étrangère de
la France, rompant avec son prédécesseur.
Ainsi au
printemps dernier, sommé par Bush de rejoindre la cohorte des
caniches du monde, Sarkozy a insulté sa propre mémoire en
contredisant ses promesses : «
La
présence à long terme de la France en Afghanistan ne me semble pas
décisive
» déclarait il en avril 2007.
Et il
ajoutait à l’époque : «
Aucune
armée étrangère n’a réussi dans un pays qui n’est pas le sien.
Aucune !
» Cette lucidité ( que l’on sait désormais de façade) n’a pas
franchi les portes du Palais. Et pour cause. C’est donc seul,
absolument seul, sans que le peuple soit consulté d’une manière ou
d’une autre, que le chef de l’État et des armées a pris la décision
invraisemblable d’augmenter la présence militaire française et,
signe d’escalade, de déployer nos troupes au-delà de Kaboul,
directement « au contact » des forces talibanes.
Pour se
justifier, il lui suffisait alors d’emprunter à Bush et aux
néoconservateurs la rhétorique inventée au lendemain du 11 septembre
2001 : «
La
guerre contre le terrorisme
». Cette propagande absurde a assez duré. Comme a assez duré cette
stratégie de guerre, humainement insupportable et politiquement
mortifère. Non, le terrorisme ne se combat pas par la guerre et
l’aveuglement.
Car
depuis l’intervention illégale en Irak, depuis qu’un nouveau
bourbier s’installe en Afghanistan, le monde est plus instable, plus
incertain, dans un contexte de récession et de crise financière qui
met à mal l’hyperpuissance et attise sa quête de nouveaux espaces de
domination. Les derniers attentats au Pakistan devraient d’ailleurs
nous inviter à la raison : le problème principal de notre temps,
c’est l’état de guerre permanent, pas le sur-fantasme des menaces
qui ne nourrit que la haine.
Tandis
que les parlementaires sont invités à se prononcer sur la nature de
l’engagement français en Afghanistan, des milliers de manifestants
un peu partout en France ont interpellé nos élus en les exhortant :
«
Ne votez pas la guerre !
». Depuis la mort de dix de nos soldats, l’indignation est telle que
l’omerta se brise. Des parents osent réclamer le retour des
militaires, comme le fait cette mère de famille dans nos colonnes.
Autant le dire : tous nos parlementaires feraient bien de lire cette
lettre adressée à Sarkozy : « Rendez
nous nos enfants, cessez de mentir
» écrit courageusement une mère.
Avant
que d’autres cercueils ne nous reviennent, il n’est pas trop tard
pour éviter que dans quelques semaines nous nous remémorions le
souvenir de ces simples mots sortis de la douleur, arrachés à la
nuit et qui, dans la folie de l’actualité, contiennent tout ce que
l’humanité d’une mère peut laisser imaginer.
Mourir pour Kaboul ?
Publié
le lundi 22 septembre 2008
http://www.laprovence.com/articles/2008/09/22/570713-Region-Mourir-pour-Kaboul.php
Le
Parlement examine la présence française en Afghanistan
La
France a envoyé 1670 soldats en Afghanistan. Récemment dix d'entre
eux sont morts dans une embuscade tendues par les talibans, dans des
conditions atroces. Guerre ou bourbier?
Faut-il
mourir pour Kaboul ?" demandait LaProvence dans son édition du 9
mai. Nicolas Sarkozy, chef des armées, venait de décider d'augmenter
le nombre de soldats français en Afghanistan et, surtout, il
accroissait leurs missions. L'assistance à la sécurité,
essentiellement à Kaboul, et la formation de l'armée afghane étaient
étendues à des tâches plus guerrières, dans la province de Kapissa.
Depuis, 10 soldats français sont morts dans une embuscade proche de
cette région. Et la société française commence, elle aussi, à
s'interroger.
Des
manifestations "contre la guerre" étaient organisées, samedi, un peu
partout en France alors qu'une nouvelle polémique sur l'équipement
des soldats a éclaté hier. Aujourd'hui, c'est la représentation
nationale qui s'empare du sujet. Une première. Si l'envoi de troupes
à l'étranger demeure du ressort du seul président de la République,
la révision constitutionnelle de juillet exige désormais que le
Parlement examine le maintien ou le retrait des troupes au bout de
quatre mois. Sauf énorme surprise, l'issue favorable du vote ne fait
guère de doute.
Ce débat
mérite mieux qu'un affrontement bloc à bloc, que des oppositions
partisanes car c'est la vie de soldats français et de civils afghans
qui est en jeu. Car de nombreuses questions restent en suspens. Tout
le monde s'accorde à dire qu'il n'y a pas d'issue militaire au
conflit. Même le général McKiernan, qui commande les 52700 soldats
de la coalition en Afghanistan, l'a déclaré à La Provence le 25août.
"Mais
il faut atteindre un certain niveau de sécurité et de développement"pour
dessiner une solution politique disait-il. Ce qui signifie négocier
avec certains des insurgés.
Insurgés
dont finalement, en France, on connaît assez peu les motivations.
Oui, il y a des chefs de guerre, comme Gulbuddin Hekmatyar, qui
pourrait être responsable de l'embuscade contre les Français, et qui
aspire au pouvoir en Afghanistan, oui il a des trafiquants de
drogue, oui il y a des clans et des ethnies qui se détestent, oui il
y a des Pachtouns qui veulent fonder, sur les décombres des états
afghans et pakistanais, un "pachtounistan", oui il y a des talibans
du Mollah Omer et de Oussama ben Laden, et leurs émules, plus
jeunes, qui viennent d'Europe ou du Maghreb, et qui veulent fonder
la Oumma, la communauté des croyants des fous de Dieu…
Les
insurgés veulent-ils, peuvent-ils réaliser des attentats en Occident
? Avec qui peut-on négocier ? Sans doute n'aura-t-on pas aujourd'hui
la réponse à ces questions. Mais il est nécessaire d'initier au
Parlement un processus pour dire quels sont les buts de la "guerre"
menée au nom de la liberté et de la démocratie. Une guerre sans but,
ça s'appelle un bourbier, d'où l'on ne sort jamais intact.
Les
ONG françaises tirent la sonnette d'alarme
LE MONDE | 20.09.08
Deux
jours avant l'ouverture du débat au Parlement, lundi 22 septembre,
sur la présence des troupes françaises en Afghanistan, la vingtaine
d'organisations non gouvernementales (ONG) françaises présentes dans
ce pays est en ébullition.
"Il
faudra combien de soldats français morts en Afghanistan pour que
l'on se pose la question du retrait de nos troupes ?",
s'est interrogé François Grunewald, président du groupe Urgence
réhabilitation et développement (URD), au terme de la conférence de
presse qui a rassemblé, vendredi à Paris, l'ensemble de ces ONG. "C'était
une erreur de les envoyer là-bas, actuellement, on va tous dans le
mur !",
déplore-t-il.
Les ONG
françaises appellent les parlementaires français et le gouvernement
à "une
rupture stratégique"
de l'engagement de la France et de la communauté internationale en
Afghanistan. "Nous
voulons tirer la sonnette d'alarme sur une situation qui s'est
détériorée et sur les dangers du tout-militaire",
explique Alain Boinet, directeur général de Solidarités.
L'insécurité croissante pour les personnels, qu'ils soient afghans
ou expatriés, a été évoquée par les participants. "Le
débat parlementaire n'aurait pas eu lieu si les soldats français
n'étaient pas morts, mais dans le même temps quatre employés d'ONG
et 90 civils ont été tués en Afghanistan",
poursuit M. Boinet. Plusieurs provinces sont inaccessibles aux ONG à
cause des combats.
Mais le
constat dépasse les seules conditions de travail. Selon elles, cinq
millions de personnes seraient en situation "d'insécurité
alimentaire"
sur une population d'une vingtaine de millions de personnes ; avec
80 % des puits asséchés, on ne parle plus de sécheresse mais de
désertification ; enfin, les institutions internationales et les
médias seraient dans le déni de la "souffrance" du peuple afghan.
Les ONG
françaises admettent que de nombreux projets ont vu le jour en
Afghanistan en matière de reconstruction et d'aide d'urgence. Mais
le constat globalement négatif a généré, selon Pierre Lafrance,
président de Madera, "un
ressentiment"
au sein de la population à l'égard d'une communauté internationale "qui
n'a pas répondu aux attentes formulées en 2001 et 2002".
Si le
pessimisme semble régner dans les rangs des ONG françaises en
Afghanistan, il existerait des raisons d'espérer, dès lors que l'on
cessera "d'ajouter la guerre à la guerre". L'envoi de renforts de
troupes françaises ou américaines désespère les humanitaires, qui
"réclament une solution politique et sociale pour sortir le pays de
la guerre".
Ils
appellent les députés français à sortir "des
débats simplistes et caricaturaux".
"L'absence
de mémoire sur l'Afghanistan est confondante",
souligne M. Boinet. "L'histoire
de ce pays n'a pas débuté le 11 septembre 2001 ; justifier notre
présence en Afghanistan par la lutte contre le terrorisme mondial
est une grave erreur, elle se joue autant en Palestine et en Irak",
renchérit M. Grunewald.
Jacques Follorou
http://www.jean-luc-melenchon.fr/?p=623#more-623
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