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                                         Proche-Orient : Et si nous cessions d’être hypocrites ?

    

 La situation au Proche Orient une fois de plus, fait la une de l’actualié. Au-delà de l’horreur de la situation faite aux hommes, aux femmes et aux enfants, essayons d’analyser la situation dans laquelle nous sommes. Les puissances occidentales et en particulier les Européens ne feront rien. Où plutôt si, ils soutiendront Israël jusqu’au bout. Peut être que certains d’entre-eux auront des hauts le cœur, diront qu’il faut cesser les combats, mais l’ensemble des dirigeants actuellement au pouvoir, pour des raisons historiques, politiques, religieuses, culturelles, économiques, militaires, stratégiques, énergétiques, sociologiques, psychologiques et idéologiques ne peuvent envisager de s’opposer sérieusement à l’Etat d’Israël. La récente décision du Conseil des ministres des Affaires étrangères de procéder au « rehaussement » des relations entre l’UE et Israël, contre le Parlement européen qui lui, avait décidé de repousser sa décision, en est l’illustration la plus évidente. D’ailleurs, sur la scène mondiale, qui veut réellement d’un Etat palestinien ?

Il faut cesser d’être naïf et oser regarder les choses en face. Une poignée d’homme et de femmes on fait l’analyse que le monde d’aujourd’hui et a fortiori de demain, ne pouvait plus fonctionner avec les règles d’hier, car ces règles ne leurs conviennent plus. Le pouvoir serait une chose trop sérieuse pour le laisser entre les mains des peuples, pour paraphraser Clémenceau.

On voit bien à quel point le fonctionnement démocratique « normal » procédant de la souveraineté populaire est de plus en plus considéré comme un obstacle à l’élaboration de grandes structures politiques et technocratiques. L’exemple européen en est l’illustration. Le suffrage universel quand il s’exprime différemment du résultat attendu n’est plus considéré comme étant la source de la souveraineté mais comme le résultat d’un malentendu, d’une erreur, d’une mauvaise communication institutionnelle, voire de la bêtise de l’électeur. Le résultat du vote n’est en réalité pas accepter et on le contourne ou on fait revoter. Il faut se souvenir de la première élection de GW Bush, des référendums danois, français, Néerlandais ou Irlandais. Ces situations sont maintenant trop nombreuses pour relever simplement du hasard. Nous sommes maintenant dans le signifiant.

En réalité, la volonté farouche du peuple palestinien d’exister sur la scène internationale à égalité de tous dans le concert des nations apparait comme une incongruité. Sa volonté de voir reconnu ses droits historiques sur la Palestine comme un archaïsme. D’ailleurs l’Union européenne a-t-elle hésité un instant à ne pas reconnaître le résultat des élections législatives dont elle avait elle-même exigée la tenue via la « feuille de route » ? Au motif que le Hamas n’est pas fréquentable. Il fallait le dire alors et refuser de cautionner des élections auxquelles on savait qu’il participait.

Il est aisé d’imaginer l’incompréhension des Palestiniens devant un tel comportement, sauf que l’UE est en fait déjà dans un « ailleurs post démocratique ». Les souverainetés populaires dérangent parce qu’elles refusent de rentrer dans ce moule « post démocratique » qui est sensé incarner cet introuvable peuple européen. La question de l’existence même du suffrage universel sera un jour posé par ceux que ce même suffrage dérange de plus en plus. Bien sûr on avancera des arguments techniques et jamais politiques. Mais dans certains cercles, pour en avoir discuté, on y pense déjà.

Or l’Etat d’Israël est un fils de l’Europe. Il est né dans le chaudron des 19ème et 20ème siècles de l’Occident, siècles de fer et de feu. La rupture est donc impossible et Israël aujourd’hui prend sa place dans l’Europe, dans la famille, avec ce « rehaussement ».

Dans la création de ce grand ensemble impérial et civilisationnel occidental qui embrasserait l’Europe et les Etats Unis d’Amérique, qui peut imaginer un seul instant que l’Etat d’Israël n’en fasse pas partie ? Certain rêve même déjà d’une Union transatlantique entre les Etats Unis d’Amérique, l’Union Européenne et l’Otan.

Or cela se fait au détriment du monde arabe et en particulier des Palestiniens qui en sont les premières victimes. Ils sont sacrifiés et continueront de l’être avec l’accord plus ou moins tacite c’est selon, des « grandes » puissances et de ce fantôme qu’on appelle pompeusement « la communauté internationale ». Tout le monde était au courant de l’offensive israélienne, en tout cas tous ceux qui devaient l’être. Et l’offensive se déroule. On proteste, on gesticule plus ou moins fort, on demande un « cessez le feu humanitaire ». L’essentiel est de communiquer car on sait qu’on laissera faire, voire en fournissant armes et logistique, on participera. Et comble du cynisme on fournira l’aide humanitaire et médicale pour venir au secours de celles et ceux que nos armes auront frappées.

Israël évoquera t-il encore la « pureté des armes » et le courage de son armée quand il s’agit de massacrer une population prisonnière ?  Sans moyens de défense digne de ce nom, sans aucune arme antiaérienne ? Le courage est du côté du peuple palestinien qui ne peut que mourir en dressant le poing et en hurlant sa rage et son désespoir.

Car il s’agit nous dit-on, de liquider le Hamas. Mais le Hamas est une réalité du peuple palestinien, comme le Hezbollah en est une du peuple libanais. Cela ne nous fait pas plaisir mais c’est la réalité. Ce qui est recherché c’est donc le contraire de ce qui est officiellement dit. En fait on cherche la liquidation du peuple palestinien. Sa liquidation politique, en tant que sujet politique existant au monde.

Le processus de paix officiellement commencé en 1993 en fut le tombeau. Il aurait pu aboutir car il s’appuyait sur deux hommes d’exception : Itzhak Rabin et Yasser Arafat qui s’est retrouvé seul après l’assassinat du premier. Ensuite, aucun ne leur sont arrivés à la cheville. Le Fatah a perdu aujourd’hui quasiment tout crédit, et le Hamas dont l’apparition sur la scène politique palestinienne a été favorisée par Israël il ne faut pas l’oublier, a su s’inscrire dans la réalité palestinienne. Mais le Hamas a remonté le temps en revenant sur ce qu’il considère comme la faute politique historique de l’OLP, à savoir la reconnaissance de l’Etat d’Israël sans contrepartie de même nature. Mais comment reconnaitre au préalable à toutes négociations,  un Etat que vous combattez, qui  occupe, qui colonise, qui emprisonne des milliers de vos concitoyens ? La reconnaissance est le point d’aboutissement, pas le point de départ.

Il convient donc de faire disparaitre cette dernière « bute témoin » d’un autre temps. Car ne nous y trompons pas, si le Hamas est bien sûr une organisation islamiste, il reste néanmoins enraciné dans la lutte nationale du peuple palestinien. L’assimiler à Al Qaïda est une escroquerie intellectuelle, toute personne un peu sérieuse sur le sujet le sait. La finalité de l’opération sera donc une confessionnalisation du conflit et de faire disparaitre sa dimension politique et nationale. L’idéal d’un peuple palestinien désorganisé, démembré, sonné et abasourdi deviendra peut-être une réalité.

 L’Etat d’Israël pourra alors imposer une  « paix » à ses conditions, conforme à ses intérêts à court terme et à ceux  de l’Occident. Les Palestiniens y seront durablement marginalisés et affaiblis. Dans un Etat profondément inégalitaire dont la violence extérieure est aussi à mettre en parallèle avec la violence intérieure notamment en ce qui concerne sa politique économique et sociale. Les politiques de démantèlement néolibérales y furent très brutales. De plus le risque d’un « front intérieur » en cas de conflit avec l’Iran n’existerait quasiment plus, ce qui rend les possibilités d’interventions militaires otano-américano-israéliennes tout à fait envisageables. Si la pression est trop forte, l’Iran lâchera le Hamas et les Palestiniens pour sauvegarder ses intérêts nationaux. Car dans le même temps ne perdons pas de vue qu’Israël a toujours un œil sur ses propres négociations avec la Syrie. Or introduire un coin entre la Syrie et l’Iran du point de vue occidental est probablement une bonne chose.

C’est de tout cela et de bien d’autres choses dont il est question actuellement dans la bande de Gaza. Le peuple palestinien est un peuple sacrifié. Ce qui est en jeu, aussi étrange que cela puisse paraitre, c’est une certaine idée de la liberté et de la souveraineté des peuples, car la souveraineté des peuples est la condition indispensable de leur liberté. Nous exigeons des Palestiniens qu’ils cessent  de résister à celui qui les opprime.

Car enfin, qui parle encore du Mur condamné par la Cour international de Justice, des « assassinats extrajudiciaires », qui parle encore de l’extension sans fin des colonies, des violences des colons protégés et soutenus par l’armée, de l’arrachage des oliviers, de l’asphyxie des villages, des check-points, des humiliations quotidiennes, de ce viol permanent que subit le peuple palestinien.

Que faire alors ? Et bien rappeler que nous avions pris des engagements dans le cadre de la « feuille de route », que des élections ont eu lieu, que Mahmoud Abbas avait réussi à organiser un gouvernement d’Union nationale, que l’unification politique du mouvement national palestinien est un impératif catégorique, qu’il existe un plan de paix arabe qui proposait sur la base du droit international un projet global pour l’ensemble de la région, et qu’il faut reconnaitre et discuter avec le Hamas. Si on ne commence pas par ça…Alors qu’on arrête de nous intoxiquer avec ces discours qui nous donnent la nausée et que les cyniques néoconservateurs et néolibéraux qui nous gouvernent assument au grand jour la boucherie générale vers laquelle ils nous dirigent et qui a déjà commencé. Ne discute t-on pas à l’OTAN de l’utilisation de la bombe atomique « à titre préventif », et Nicolas Sarkozy ne parlait-il pas, il y a quelques mois « d’holocauste nucléaire » ? D’ailleurs je n’oublie pas que lui-même et son ministre des Affaires étrangères étaient favorables à l’intervention de GW Bush en Irak. C’est dire si on peut être rassuré.

 

Claude NICOLET

Adjoint au Maire de Dunkerque

Conseiller Délégué Communauté Urbaine de Dunkerque

Président du Réseau de Coopération Décentralisée pour la Palestine-Cités Unies France

 La Communauté Urbaine de Dunkerque est jumelée avec la ville de Gaza depuis 1996

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